mardi 4 novembre 2014

"Soldat"


Je suis en train de travailler le dessin de mon prochain roman graphique, toujours écrit par Eric Wantiez, "le Printemps d'Oan".
Le décor y est la première guerre mondiale.
Celle dont on déterre encore aujourd'hui les morts, et dont on célèbre encore l'anniversaire.
Celle qui aurait du nous servir d'exemple mais dont nous nous acharnons à répéter l'Histoire.
Et si ce mort n'était pas mon ancêtre mais mon descendant.., comment faire pour que cette Histoire s’arrête aux porte du Mémorial.

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"The End"


Je suis une fan du western.
Et du noir et blanc.
Et de l'agonie, cet espace temps sans témoignage, inéluctable, et qui me terrifie.
Ce moment où les héros se révèlent, les drames s'imposent, et les infirmières, qui sont très belles, pleurent. J'adorerais qu'une très belle infirmière pleure pour moi.

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"Il pleut !"


Sans commentaire.

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"Poisson d'Avril"


On m'a demandé (commandé) un jour une illustration pour le mois d'avril.
Toujours dans une vision non conformiste des traditions, j'ai voulu représenter une histoire très optimiste, animée et joyeuse en utilisant une série anecdotique d'éléments plutôt froids, tristes voire pathétiques.
Ne dit-on pas que le printemps c'est la REnaissance de toute choses ?


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"le Martin-pêcheur"


Tiré de mon dernier roman graphique "Un Secret" (édité chez "Comme une Orange" - 2012), le martin-pécheur y est le symbole du cycle de la vie et de son horloge naturelle. Chaque chapitre du livre est ponctué d'une étape de la pêche de cet oiseau si furtif et rapide que lorsque l'on a la chance l'apercevoir, on regrette déjà de n'avoir pu le regarder. Alors pour ne jamais regretter, s'offrir suffisamment d'espace d'écoute et d'observation pour recevoir tous les secrets et savoir les partager.

Cette image a été choisie par Eric Wantiez, scénariste d' "Un Secret"" et éditeur de notre livre.
Et en la choisissant, c'est à moi, qu'il fait plaisir.

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"le Cerf-volant"


Cette illustration est à l'origine ma participation à un projet collectif: http://eidola.fr/expos/haiku/
Épuisée dans sa version sérigraphiée, je peux ici lui donner une seconde vie.

C'est difficile à illustrer un haïku, parce que c'est difficile à comprendre. Une autre culture, une autre Histoire, une autre langue...
Mais quelle que soit notre culture, notre Histoire, notre langue, nous traversons tous cette étape éprouvante où l'on vous annonce qu'à partir d'aujourd'hui d'insouciant, vous devez devenir raisonnable, de joueur vous devez devenir travailleur, d'innocent vous devez devenir docile.


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"Drôle d'Oiseau"


J'ai réalisé cette image pour ma première expérience en sérigraphie.
Je voulais faire une planche de BD qui se suffisait à elle-même et j'ai découvert qu'on pouvait dessiner la couleur plutôt que de faire du "coloriage".
Son sujet m'est cher. La norme, le formatage, le gavage industriel... pour répondre aux quelques codes qui libèrent le chemin aux nantis...
Et puis parfois il y a le bizarre, l'inattendu, l'original... celui qui passe à travers les mailles du filet et vient se poser sur la branche d'un arbre, juste à côté, sans déranger, le regard par delà leur horizon.

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samedi 11 octobre 2014

rencontres/ateliers avec des collégiens.



Ces 2 derniers jours je les ai consacrés à 4 rencontres-ateliers dans 4 collèges du 86, situés grosso modo entre Poitiers et Loudun. Sans ciel bleu.
Le sujet officiel, me présenter, expliquer mon travail de dessinateur, mon parcours, ma technique... et répondre aux questions des enfants: "quelles études ?" "combien vous gagnez tous les mois ?"...
Pour la partie atelier, je leur partage mon amour du noir et blanc, du mouvement et du séquentiel. Ben je ne vais pas leur partager mon dégoût de la cuisine, hein ! Enfin si, un peu quand même.

J'aime ça, les rencontres/ateliers.
C'est important pour moi. J'ai besoin de désacraliser le dessin tout en leur faisant comprendre que le chemin que j'ai choisi est le mien, et pas celui qu'autrui aura choisi pour moi. En leur montrant qu'avec une feuille de papier quelconque, un stylo bille et très peu de technique on peut tout dessiner. En leur expliquant que le besoin de la trace est inhérent à notre nature, et qu'à défaut de griffes et d'excréments nous avons privilégié l'empreinte. En leur avouant que l'idée prévaut sur la technique, que l'important pour eux est de refuser d'avoir le bec cloué soit disant parce que ce n'est ni l'endroit, ni le moment, ni ce que l'on attend de toi...

La "réussite" de tels rencontres/ateliers dépend de l'alchimie environnement/groupe/préparation... et je n'ai pas systématiquement l'impression de toucher mon public. Pas grave. L'expérience reste là, nourrissante dans tous les sens du terme et pour tout le monde.
De ces rencontres je ressors épuisée mais incroyablement boostée, consciente de la chance que j'ai de pouvoir m'exprimer par l'image, du pouvoir que j'ai en étant une artiste, pourvoir dire, pouvoir faire, pouvoir accompagner... comme je l'entends.

Et puis la rémunération qui m'est accordée pour ces interventions participe à ma survivance !

Et puis hier soir j'ai repris la route à travers cette campagne ravagée. Griffée des sillons de la machine agricole, sillonnée de routes où les véhicules se rasent à des vitesses de véhicules d'urgence, plombée par le plafond gris et humide d'un début d'automne dans les Deux-Sèvres... mais le sourire aux lèvres et des images et de l'espoir pleins la tête.

Et puis en traversant les villages de plus en plus banlieusards j'ai été prise d'une brusque angoisse, une image plus sombre et pessimiste que le ciel couchant.
Si, comme je pense, les animaux sont destinés à laisser une trace, et les humains à l'agrémenter d'émotions, de sensations par la conscience de soi, l'amour de l'autre et l'épanouissement collectif... alors... alors pour tous ceux qui n'ont pas réussi à découvrir leur médium, leur Art, leur raison d'être, pour tous ceux là, avoir des enfants serait-il un palliatif ? un objet de compensation ? un lot de consolation ?
Les plus créatifs mais les moins épanouis nous les retrouvons bien dans l'enseignement, non ?
Mais alors... alors les enfants ne sont plus des enfants ! Et cette pression de devoir être à la hauteur de n'importe quelle œuvre d'art ! Quel ressenti d'imperfection ! Quel starting-block bancal et inadapté.
Quelle angoisse.

Passer la rocade de Poitiers, ses embouteillages et l'hystérie du #FFF.
Rentrer, embrasser mon Homme avec qui je fais des livres et des films,, embrasser mon fils, beaucoup et fort, aussi fort que je me hurle intérieurement "fais TA vie, je n'attends RIEN de toi, tu n'ES pas MOI !"

Café, clope. Je retrouve le sourire.

samedi 30 août 2014

DEAD END (sans issue)


J'ai une histoire.
Et même un titre.
Une histoire construite, dans le temps
Et composée, dans l'espace.
Une progression, une chute, un propos.

Les images défilent en boucle dans ma tête.
Dans l'ordre.
Y'a plus qu'à dessiner.

Sauf que mon dessin n'est absolument pas adapté à cette histoire.
Il faudrait un trait photographique, hyperréaliste, pour que le lecteur ne fasse aucun effort d'interprétation de la forme, et se laissent embarquer au plus près de la chair.
Une lecture physique plus qu'intellectuelle.
Et puis il y a ce son, ce bruit, ces pulsations qui rythment la narration et résonnent hors champ...
Et puis il y a ce mouvement, perpétuel, indomptable, où quelques silences permettent à peine de respirer...

Représentation photographique, son... un film. Et en prise de vue réelle en plus !
Ah ben moi qui cherchais justement à faire des livres, me voilà bien emmerdée.
C'est une surprise.
Mais il est clair que soit je laisse cette histoire dans un coin de ma tête en ne la réalisant pas, sois je réalise ce film. Parce que, sous prétexte de faire plus "facilement" ou "comme prévu", je ne m'abaisserai pas à développer cette narration autrement que comme elle demande à l'être.

Je suis au service de l'histoire et non l'inverse.
Y'a plus qu'à.

mercredi 27 août 2014

Don Quichotte

Je me croiserais dans la rue, je ne me reconnaîtrais pas.
Pourtant j'ai la mémoire des visages !

Mais une mémoire non pas de la ligne, du trait, du détail jusque dans sa proportion, donc du dessin, mais une mémoire de l'harmonie du visage, de ses expressions, de ce qu'il respire, rayonne.

Je suis donc incapable de dessiner un portrait "réaliste".
Pourtant je prétends me représenter quand je dessine un personnage, un animal, une feuille d'arbre, la pluie... et mes personnages ont tous la même "tête", une "tête à Toto" qui ne ressemble à rien, et surtout pas à moi... je ne sais pas à quoi je ressemble.
Je me dessine parce que je dessine mes émotions et mes sensations; je ne me vois pas, je me ressens.

Et puis de toute façon je n'ai aucune envie de me voir.
Sinon comment pourrais-je autant oser m'exposer, me ridiculiser, me maltraiter... ?
Oser m'imposer, envahir... bruyante et gesticulante ?
Oser me partager en toute indécence.

Ce que je préfère, c'est inventer des personnages, parce qu'en fait je n'invente rien, mais jouis de l'expérimentation d'aventures narratives que je ne vivrais probablement jamais "pour de vrai": des mises en danger qui autrement m'abîmeraient.
Mourir sans mourir, mourir indéfiniment, et de toutes les façons possibles.

Mais parfois des personnages créés par d'Autres sont tellement forts, tellement puissants, que j'ai envie un instant de me loger dans leur peau, leurs habits et vivre leurs émotions. Des super-héros qui libèrent mon dessin de mon effet miroir, libère mon dessin et tout mon être avec.


Si je me croisais dans la rue, je ne me reconnaîtrais pas...
et penserais surement que je me snobe un peu.

vendredi 15 août 2014

j'aime la boue.

J'aime la boue.
Je l'ai toujours aimée.
J'aimais la maçonner, la cuisiner, la modeler. J'aimais sauter dans les flaques pour la voir voleter dans l'eau,
s'y dessiner, m'y refléter.
J'aime la retourner.
J'aime le poids de sa masse collée à mes pieds, qui me raccroche au sol et m'autorise à m'envoler sans me perdre et m'oublier.
J'y plonge ma main, tendue, elle s'enfonce sans peine, comme si la terre m'invitait à m'y installer.
J'aime son odeur, alors qu'elle est pourriture et excréments.
Aurais-je été lombric dans une vie antérieure ?
Ou poilu agonisant un 10 novembre 18, percé de part en part, arraché en mille morceaux, et qui dans cette ultime seconde trouve que la boue, de pourriture, d'excréments et de sang, est bien agréable pour se reposer enfin. Elle épouse mes formes, colmate mes trous, me borde.
Ou alors j'étais vraiment un lombric, qui s'est payé un putain de festin ce 10 novembre 18...
J'aime la boue. Elle est lourde, lente et douce. Câline.
S'en salir, c'est se nettoyer.

Mais la boue c'est avant tout de l'eau. Et je n'aime pas l'eau. Elle est vitale, elle noie, elle emporte, elle est une arme de destruction massive. Elle est sur-puissante.
Alors peut être que la boue, quelque part, me rassure de ma terreur de l'eau.





dimanche 10 août 2014

Passer du coq à l'âne.

Voilà une semaine que j'ai quitté le studio de dessin animé où j'animais 7 heures par jour, 5 jours par semaine, au rythme des interruptions inopinées de la prod et d'un quotas de secondes d'animation par jour à respecter. La prod, quoi.

Voilà une semaine que je suis sur une nouvelle production, un projet de série tv animée qu'un producteur me propose de designer et de réaliser. Un travail d'auteur, quoi.

Voilà une semaine que je travaille sans contraintes, sans rythme et sans cadre.

Voilà une semaine que je remplis ma poubelle.

Parce qu'on le prend vite le pli de l'usine; on le prend vite, et il ne vous lâche pas facilement.
Ma réflexion et mon inspiration ne se sont pas libérées des circonstances de la chaîne de production, où, ayant tellement l'habitude de devoir supporter et assumer les erreurs (voir incompétences) installées en amont, mon travail consiste "plusss" à régler des problèmes qu'à exploiter mes compétences... voir mon talent.

Alors cette semaine, encore imbibée d'automatismes de productivité, je n'ai pas réussi à libérer ma réflexion et mon inspiration. Au contraire, je suis constipée par mon anticipation de la chaîne de production.
Un drame pour un auteur.
Au lieu d'inventer des personnages, je les imagine le plus facilement animables, et en arrive toujours à la même réflexion: "un cube, y a rien de mieux !"
Au lieu de m’immerger dans un univers cohérent et ludique, je pense budget (et j'y comprends rien), technique (et j'y connais pas grand chose) et équipe de développement (et pour l'instant y'a personne).
Au lieu de lâcher prise et être force de proposition(s), je me remémore mes expériences passées comme si les conneries et autres mochetés déjà proposées au public ne tiraient leur valeur que du fait d'avoir été abouties et diffusées.

Alors semaine prochaine, je me promets que l'industrie n'aura plus d'emprise sur moi, je me promets de ne plus transpirer et de retrouver le plaisir de faire, je me promets de reprendre enfin l'absence de rythme et de contraintes... ce cadre qui me va si bien.

Me sentir comme un coq en pâte.
Même si l'on me prend souvent pour un âne bâté.

jeudi 31 juillet 2014

fin du salariat, retour à ma vie d'artiste.

mercredi 30 juillet: hier, c'était mon avant-dernier jour en studio de dessin animé.

jeudi 31 juillet: aujourd'hui, c'était mon dernier jour en studio.
Oan, Angèle, j'arrive !
On va faire un petit bout de chemin ensemble. Vous allez m'emmener, je vais vous accompagner.
Je vous ai laissé suffisamment de temps pour vous installer dans ma tête, vous me hantez.
Maintenant je vais pouvoir vivre votre histoire. Et mon histoire s'écrira avec vous.
Merci d'avance pour ce que vous allez m'apporter, je vous aime.

Aujourd'hui c'était mon dernier jour en studio, mon dernier jour d'ouvrière, les vacances, quoi !
Demain je retrouve mon costume de dessinatrice, libre de son temps, disponible à son inspiration, plaisir de la main et de l'encre noire, prête à vivre une nouvelle aventure dont je serais le seul maître.

Alors ce soir, j'ai un peu la trouille.

dimanche 27 juillet 2014

montage vidéo rough séquence 2.



Pour la 2ème séquence, les rough sont directement dessinées en numérique.
Multiplans, caméra... toujours pour expérimenter la fluidité du "temps réel" que je souhaite tant travailler pour soutenir cette histoire, ce road movie.
C'est surement moins "sexy" que les croquis au bic, mais au moins on a le parallaxe différentiel qui apporte de la profondeur de champ à la composition.

jeudi 24 juillet 2014

créativité.

bic sur bristol A6 - juillet 2014


Je pense que la création est un voyage.
Non. Je recommence.
La création est un voyage.

Et la créativité se nourrit de cette balade.

S'il faut un déclencheur à l'inspiration (le carburant), un point de départ, une destination, un véhicule, et quelques étapes sans doute... il faut savoir que c'est partout sauf à l'endroit planifié que la créativité vous emmènera. La création n'est jamais, non, jamais, un résultat escompté.

Si la création est juste simplement exactement comme initialement pensé c'est qu'il n'y a pas eu créativité, mais juste usinage, ouvrage, fabrication...
Si la configuration de travail est calibrée, hiérarchisée, planifiée, formatée, enracinée... alors ce ne sont plus des conditions de création, juste des conditions d'industrialisation.

Partir à l'aventure, pour l'aventure, sans avoir un temps soit peu anticipé et préparé le voyage, voire même sans avoir de destination, est une expérience individuelle, sans objectif(s), sans objet(s) prédéfini(s). Cela peut faire peur, alors beaucoup d'artistes et d'auteurs cherchent une configuration "industrielle" pour leur travail... et ils ont tort.
Par exemple, dans la bande dessinée, défendre un projet pour décrocher un contrat éditorial, même sous couvert de la rémunération (!), est une industrialisation de ses conditions de travail, par les notions de délais, de quantité, une charte graphique et scénaristique figée (voir même éditorialement recalibrées).
Autre exemple, le dessin animé: les différents techniciens qui y sont salariés sont des créatifs qui maîtrisent un outils de production (dessin, animation, effets spéciaux, montage...). Ils sont vus parce que présentés comme des artistes (un produit culturel sans artistes ce serait un comble, non ?). Leur quotidien d'ouvrier leur renvoie régulièrement que, quand on "a la chance" de pratiquer un métier artistique, un métier passion, on en demande pas plus, on ne se plaint pas. Mais il n'y a aucune créativité dans ces réalisations, qui n'aboutissent qu'à fabriquer des produits industriels formatés, développés dans des conditions cloisonnée, hiérarchisées et anxiogènes qui n'ont d'autres fonctions que d'optimiser le temps et donc l'argent: un voyage en ligne droite, sans escale, sans autre destination que de rentrer chez soi.

Ce qui est monstrueux, c'est que cette industrialisation des circonstances de travail... de vie, s'organise au sein même de la famille et de l'école !
Désacraliser la créativité, c'est accepter que chacun mange, dorme, se lave, pisse et éternue à des heures différentes, c'est accepter de rompre les rangs et de refuser le devoir, c'est tout simplement accepter que la cellule familiale, comme l'école, comme la société dans sa globalité ne sont que des outils à déclencher l'inspiration et à canaliser la créativité quand l'imprévu s'invite, le droit à la panne, à trébucher, à respirer pour mieux repartir à l'aventure.

Faute de créativité, on se focalise sur la mise en place des circonstances d'un travail calibré, hiérarchisé, planifié, formaté...  et vous croyez vous y révéler... mais vous avez tort.

La créativité est remplacée par la productivité et l'efficacité, la création par le produit.
L'échange et le partage sont "marchandalisés". La filiation et l'enseignement, quantifiés, répondent aux "jeu" de la compétitivité.

Et moi je refuse. Je sors du rang, j'assume mon libre arbitre. Mes erreurs de parcours ne sont que de simples chutes qui m'apprennent à avancer, avancer dans mon aventure dont je découvre à chaque fois une nouvelle étape, sans jamais me demander quelle est réellement ma destination. Je me contente de me projeter des objectifs "alibis" qui sollicitent mon inspiration; l'inspiration construit ma créativité. Et à chacune de mes créations c'est une jolie surprise, sitôt dépassée pour continuer la route.
Sans rétroviseur (le demi-tour tourne le dos au chemin), sans phares (ils éblouissent et tétanisent), sans ceinture de sécurité (elle étouffe l'instinct de survie).

Vivre l'aventure n'est par pour autant se mettre inconsciemment en danger. Ecouter son corps, ses besoins et ses limites, respecter son environnement et entretenir son quotidien... bref ménager le véhicule, entretenir son moteur et sa carrosserie, s'aménager une environnement confortable et reposant pour se poser et se reposer.
Partager, transmettre, semer... pour que l'aventure ne s'arrête jamais.

J'ai longtemps corrompu ma créativité.
Maintenant je vais non seulement la respecter, mais surtout me rendre sciemment disponible à son invitation au voyage.
"le Printemps d'Oan" est à ce jour suffisamment pensé pour m'offrir une jolie destination... mais je suis bien incapable de savoir à quoi il ressemblera et ce qu'il offrira à son tour.
Trop cool.

mardi 22 juillet 2014

"le Printemps d'Oan": le concept de son dessin.


Si mon dessin reste un dessin impulsif, spontané, plus ressenti que réfléchi... et donc imprévisible, je ne le démarre que lors que j'ai déterminé un propos, une ligne, une charte, une direction artistique à sa construction: le dessin doit servir la narration, et pour cela il doit la comprendre et savoir comment.
Dès lors, même si le dessin d'une même page peut complètement varier d'un jour à l'autre, d'un de mes états à un autre, le fond reste cohérent, et la narration respectée. Et je m'offre encore plus la liberté de vivre le dessin plutôt que de le travailler, de le ressentir plutôt que d'en transpirer.
Le voyage est pensé dans son ensemble pour laisser libre court à l'imagination, aux émotions et aux sensations, elles même initiatrices de ma créativité. Un cercle vertueux.

Pour "le Printemps d'Oan", ma réflexion fut brève, parce qu'entamée il y a de nombreuses années: il s'agit d'un road movie, genre que je souhaitais aborder depuis longtemps, un cadeau, quoi !

Je vais donc m'attacher à développer un univers graphique et une construction séquentielle qui, de la première page jusqu'à la dernière s'inscrivent dans le même espace temps que celui du lecteur. Ou plutôt l'inverse. Le lecteur emboîte le pas du personnage sur sa route et ne le lâche plus, marchant, parlant, respirant, à son rythme, à sa mesure.
Et quand le lecteur quittera le personnage, il aura vécu autant, respiré autant, transpiré autant... que lui.

La principale contrainte intervient quand il s'agit d'introduire des ellipses. Champ-contre champ, saut dans le temps pour éviter les longueurs inutiles de certaines distances...
Quand il est simplement écrit "...le lendemain", le lecteur prend 2 secondes pour lire ce qui a prit plusieurs heures à se réaliser. Pour "Oan", il faudrait par exemple dessiner ces heures sans les éluder...

Il n'est cependant pas question de s'interdire toutes les ellipses. Elles font partie de la narration séquentielle, et participent à la mise en valeur de la narration, à la fluidité de sa lecture, à l'effet brut, voir brutal, des émotions. Il va donc falloir que je trouve des moyens graphiques de travailler ces ellipses et de garder ainsi une bonne dynamique du rythme de lecture.
Là est le challenge, ici est mon objectif.
Les montages vidéo que je présente depuis quelques temps sont une manière pour moi de "tester" l'effet "temps réel" que je recherche... mais pour l'instant les ellipses, hé bien, elles sont en ellipses.
Mais j'ai quelques idées que j’expérimenterai dès que je serais un peu plus disponible et concentrée à ma table à dessin, dans mon atelier, à mon rythme. Impatiente.

Il faut savoir que même si l'enjeu est ambitieux (enfin cela reste relatif à mon ambition personnelle), je ne me mets aucune pression. S'il s'avère que l'idée est bonne mais ne s'applique pas, ou pas systématiquement, parce que cela ne sert pas la narration correctement, je ne m'acharnerais pas aveuglée par une forme d'arrogance intellectuelle ! Je réaliserai l'image qui servira pleinement l'histoire, simplement.
Mais il n’empêchera pas que mon propre cheminement créatif aura été canalisé et orchestré par cette direction artistique qui m'aura donc nourrie et stimulée suffisamment pour offrir un résultat global et final.
Et puis, on a beau manger bien, manger beau, au final on finit tous pas faire un gros caca.

Un caca ? oh merde o.O


samedi 12 juillet 2014

"Le Printemps d'Oan": croquis de la semaine

Croquis de la semaine. Bic noir sur bristol A6.








La vidéo qui suit met en scène le cheminement qui a servi à composer ces images.
C'est un cheminement de cinéaste... on ne se refait pas.

Si la frontière entre composition et cadrage est ténue, le travail technique de chacun n'en est pas moins très éloigné: multiplans, hors champs, mise au point, lumière, temps réel, fluidité, ellipse... autant de paramètres qui ne font pas d'une image-papier une image-écran, d'une image-à-lire une image-spectacle.

Et c'est là que je m'invite dans la partie.
Si je réussissais à proposer une telle combinaison ?
Lire une image à l'écran ? Imprimer un mouvement de caméra ?

Il se trouve que pour moi le cheminement créatif de chacune de ces deux techniques d'interprétation graphique puise sa source d'inspiration dans une vision cinématographique qui m'habite, qui m'obsède, qui me construit.


nous appartenons-nous vraiment ?

sérigraphie "le Reflet" - MarieD 2014 - 


Quand je dessine, je me "contente" d'illustrer mes sentiments, mes sensations dans l'instant ressentis.
Une joie, une tristesse, une colère... un désarroi, un éblouissement, une compassion, une culpabilité...

Quand Éric (Wantiez) écrit (pour moi), il réussit à déclencher ces émotions et ces sensations, mais surtout à les mener dans l'espace et le temps d'une narration (qu'il maîtrise assez bien je dois dire).
Il a trouvé mon point G en quelque sorte.

Dans la masse des œuvres produites, on peut toujours prétendre avoir suffisamment de style pour être identifiable, reconnaissable, différentiable... mais pas indispensable. Ce style, cette patte, cet univers, ce n'est pas l'auteur qui les détermine, bien trop concentré à maîtriser sa main et tenir la longueur d'une narration. C'est le lecteur qui vous les reconnait. Ce qui est étrange, c'est que je suis régulièrement éblouie par le dessin d'auteurs talentueux, mais n'identifie mon propre travail qu'en comparaison de ces œuvres enviées, et je ne voit alors la différence de style que comme une dégénérescence et non comme une magnificence.
C'est pourquoi j'ai arrêté de regarder mon dessin et me contente (largement) du retour critique de mes lecteurs.

J'ai donc une relation très vivace avec mon dessin: il traduit mes ressentis, et je me contente de le vivre sans le travailler.
Alors quand, avec "un Secret", les lecteurs m'abordent en me disant qu'ils y ont retrouvé des morceaux de leur vie, des bouts de leur propre histoire, je suis troublée.
Là où je cherche une identité graphique, et là où je traduit mon ressenti, je me retrouve "absorbée" intimement par le public. C'est une sensation bouleversante, pas très agréable, mais que je dois assumer, puisqu'elle est la conséquence d'une réelle volonté d'exposition et de partage.
Cela fait partie du jeu, celui d'exposer son "je".

dimanche 6 juillet 2014

"le Printemps d'Oan" pour 2015.

Grande décision prise cette semaine: offrir ce projet de roman graphique au printemps 2015.

Toujours écrit par Éric, qui m'offre encore ici une belle histoire où mes émotions agissent et réagissent en ricochets et en échos.
Une pensée spéciale pour mes grands-pères, soldats et enfants de 14, et dont le traumatisme a habillé mon enfance, malgré tous leurs efforts pour m'en protéger.

Une histoire d'instit et de petit fille, de cadavres et de ruines, de trous et de boyaux... mais d'espoir et d'humanité.
Une histoire à illustrer avec une grande profondeur de champ, de regards et de silences.
Mon dessin reste le même, noir et blanc, ombre et lumière, en espérant tenir la distance et arriver à soutenir la narration. L'éternel challenge.

Un projet que j'aimerais proposer aussi pour une expérience de lecture sur écran audiovisuelle et originale, mais ce sera pour l'année prochaine... c'est encore trop tôt pour assumer et assurer l'ambition d'un tel ouvrage.

Alors pour l'instant, c'est en vidéo que je présente "le Printemps d'Oan", un teaser en dessin rough.
Et sûrement qu'au fur et à mesure de l'évolution de mon travail je proposerais ce genre de vidéo WIP, parce qu'avant tout c'est ainsi que je pense l'image: en cadrage, en lumière et en mouvement.

vendredi 4 juillet 2014

une situation enviée que je ne souhaite à personne.

Depuis 6 ans que je dessine des romans graphiques, mon année se "construit" ainsi:
2 moitiés, l'une consacrée à l'animation dans des studios de dessins animés (régime intermittent, 507 heures (4 mois), 8 mois de chômage), et l'autre consacrée à mon dessin.
Parce que je ne gagne pas suffisamment pour survivre avec le livre, les indemnités chômage me permettent de me rendre un temps disponible à mon dessin.
En moyenne, une bande dessinée demande un minimum d'un an de travail... mais il se trouve que mon écriture graphique, le fond et la forme de mes ouvrages, se calent pour l'instant tout juste dans une fenêtre de 6 mois environ.

Mais il faut une chance phénoménale pour que le rythme de la conjoncture du dessin animé et celui de mon travail d'auteur soient en phase ! Le dessin animé n'attend pas après moi, et bien souvent mes obligations professionnelles ne correspondent pas aux opportunités de l'industrie.
Et puis...trouver une place en court de production, alors que les équipes sont formées...
Et puis... un ouvrier qui commence un travail pour l'arrêter "507 heures plus tard" au lieu de le terminer...
Malgré mon expérience et mon niveau de compétence, j'ai un profil professionnel peu recommandable.
Alors régulièrement, je me retrouve sans droits et donc sans indemnités.

Si la technique s'acquiert, se perfectionne, se développe, mon dessin, lui, dépend de mon inspiration.
L'inspiration s'improvise. Elle s'invite. S'impose à nous. Difficile de la canaliser, de la provoquer, de la programmer. Au mieux elle vous domestique.
Alors se retrouver à l'usine, débordante d'inspiration, mais rivée à un poste de travail à la chaîne, c'est douloureux. Très douloureux.
Et c'est mon drame.
J'ai besoin de tout mon temps pour m'offrir à mon inspiration, pour offrir le meilleur de mon dessin.

Et il y a les imprévus. Les invitations. Ces opportunités de participer à des courts métrages d'auteurs (intermittent) ou à des collaborations graphiques (auteur). Mais mon "année" est cloisonnée tellement serrée, que je dois le plus souvent les refuser.

Et puis il y a LE projet, celui qui va demander plus de temps, plus de moyens... et je n'ai ni le temps, ni les moyens.

Depuis 6 ans, je cherche désespérément un moyen de me consacrer pleinement à mon dessin.
Je cherche. Je ne trouve pas.
A désespérer.
Alors non, vous qui enviez ma situation, je ne vous la souhaite vraiment pas.






jeudi 12 juin 2014

surtout pas nostalgique.

Quand je dessine, j'exprime mes sentiments avec une patte plus ou moins personnelle.
Quand je dessine, j'utilise mon acquis pour illustrer mon propos.
Quand je dessine, s'exprime mon inné et se libère mes angoisses.
Quand j'étais petite, j'ai fait 2 petits trucs pas cool donc je ne suis vraiment pas fière, pas excusable, mais malheureusement c'est fait.
(enfin pas que 2, mais ces 2 là en particulier)

Un moine dominicain d'une vingtaine d'année m'avait appris à tirer des oiseaux au lance pierre. Sans les pierres, mais avec des clous de charpentier (moine... charpentier...) courbés. Je ne me rappelle plus si j'ai réussi à en "descendre" un, mais je me rappelle très bien le plaisir que j'ai eu à apprendre, l'attention toute particulière que j'ai eue à écouter, regarder, et comprendre la leçon (bien plus d'attention qu'à l'école)... j'ai encore le souvenir de la sensation de tension, de force, et de pouvoir à bander mon lance pierre, à viser...
mais je ne me rappelle plus si j'ai tué un oiseau.

Plus tard, plus grande, alors que je déteste le poisson, je pêchais dans un étang, enfin seule avec moi-même.
Je ne me rappelle pas précisément des circonstances, mais je me souviens très bien avoir expliqué à un monsieur comment tuer le poisson péché, et lui en faire la démonstration en direct.

Je ne me suis jamais pardonnée.
Mais ça fait partie de mon histoire, de mes expériences, d'une combinaison explosive d'inné et d'acquis.
Et je l'exprime dans mon dessin.


bic sur bristol A6 -06 2014-

planche extraite de "Un Secret" écrit par Eric Wantiez
roman graphique aux éditions "Comme une Orange"

lundi 9 juin 2014

kit main libre

Un dessin réfléchi, construit, plein de sens.
Un dessin machinal, bordélique, dans tous les sens.

Ma main répond à mes besoins, comme une mécanique bien huilée: elle ronronne au démarrage, crisse à l'accélération, répond à mes virages au doigt et au poignet. Et dans le plus court prolongement de mon esprit, m'emmène aussi bien sur un parcours balisé qu'entre les ornières de la contemplation.

Avec mon dessin je n'ai peur de rien, ni de personne, et un peu moins de moi.

Mon dessin me libère, me rassure, me console, me détend, me nourrit... me mène autant que je suis maître de sa ligne... aveuglément confiante en lui.

bic sur papier machine A5 -06 2014-

dimanche 8 juin 2014

Dead or alive.

On dit avoir peur de ne pas y arriver.
Moi, au contraire, je crois que j'ai peur d'y arriver. D'y arriver et qu'ensuite l'aventure, le voyage... soient terminés.
Oui, j'ai peur. A chaque fois. Pour chaque projet graphique et cinématographique (puisque ce sont mes moteurs de vie, d'aventure, de voyage), que je vis comme le dernier.
Mais n'est-il pas plus "facile" d'avoir peur de ne pas y arriver, que d'avoir peur d'y arriver ET ECHOUER ?!

Alors, pour chacune de mes aventures artistiques, je mets ma tête à prix:
reward, dead... or ALIVE !
...et à n'importe quel prix.

jusqu'à "the end"

dessin numérique 02-2014
dessin numérique 02-2014

vendredi 6 juin 2014

Gribouillage.

C'est pas que je m'ennuie, dans le dessin animé... Juste que ma tête et ma main n'y sont pas en adéquation.
Alors que je passe ma journée à appuyer sur des boutons, à appliquer une technique que je commence à maîtriser, sur les projets des autres, et pour la pire des raisons, mon esprit, lui, me rappelle que je suis censé être ailleurs, pour y faire autre chose.

Alors je gribouille, compulsivement, hystériquement, je couche du noir sur le papier, à la chaleur des pc et de la promiscuité, dans le capharnaüm des systèmes électriques et des "clics" de souris.
Je gribouille pour gérer l'attente de logiciels/machines qui n'ont pas ma réactivité,
je gribouille pour gérer la nécessité de ne pas m'impliquer personnellement dans un processus d'aliénation,
je gribouille pour ne pas arrêter de respirer.

Gribouiller n'a rien à voir avec le dessin que je propose dans mes bookins...
Accompagner une narration et la tenir dans l'espace et dans le temps demande une réflexion, une disponibilité et une concentration qui construisent d'abord dans la pensée les images qu'il n'y a plus qu'à travailler.
Non, le gribouillis ne demande aucune réflexion, aucune disponibilité, aucune concentration... il est une perte de temps, ou plutôt il permet de se perdre un temps dans ces fameuses pensées spontanées dont je vous parlais précédemment.
Ils sont évidemment influencés par les circonstances de mon quotidien et mes préoccupations.
Ils sont surtout le plaisir masturbatoire du faire sans le parfaire, du faire sans le refaire.

Je prends l'option de ne pas commenter les dessins du jour, enfin de la semaine.
Il n'ont pas de sens, ne disent rien, et surtout n'étaient voués qu'à partir à la poubelle sitôt réalisés, alors ne leur donnons pas une importance... qu'ils n'ont pas.

bic sur papier machine A5

bic sur bristol A6

bic sur bristol A6

bic sur bristol A6

bic sur bristol A6